Affaire Kemi Seba : la justice sud-africaine rouvre la voie à une extradition vers le Bénin
Les juges de Pretoria ont refusé de reconnaître le statut diplomatique que l’activiste revendiquait au nom du Niger. Un revers majeur pour sa défense, qui mise désormais sur l’audience au fond prévue le 20 novembre.
La justice sud-africaine a tranché. Kemi Seba ne pourra pas se prévaloir d’un statut diplomatique dans la procédure d’extradition engagée contre lui par le Bénin. Les avocats du président de l’ONG « Urgences panafricanistes » plaidaient pour que le statut de diplomate accrédité en Afrique du Sud par le Niger soit reconnu à l’activiste. Lors de l’audience du 6 octobre, les juges ont estimé qu’aucun élément concret ne leur permettait d’accéder à cette requête.
Pour Kemi Seba, de son vrai nom Stellio Gilles Robert Capo Chichi, cette décision constitue un sérieux revers. Il ne pourra pas se prévaloir de la protection consulaire. La prochaine audience sur le fond de la demande d’extradition a été fixée au 20 novembre.
Deux dossiers devant la Criet
Les autorités béninoises accusent l’activiste d’« apologie de crime contre l’État », d’« incitation à la haine et à la violence » et d’« incitation à la rébellion » pour son soutien aux mutins dans des vidéos diffusées sur ses réseaux sociaux lors de la tentative de coup d’État menée le 7 décembre 2025 contre Patrice Talon par le lieutenant-colonel Pascal Tigri. Kemi Seba est également sous le coup d’un mandat d’arrêt délivré par la justice béninoise en juin 2025, portant sur des soupçons de « blanchiment de capitaux » et de « financement du terrorisme ». Deux dossiers suivis par la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet).
Une arrestation à Pretoria
Kemi Seba a été arrêté le 13 avril dernier à Pretoria, alors qu’il s’apprêtait à quitter clandestinement le pays dans lequel il vivait depuis des mois, son visa ayant expiré depuis plusieurs semaines. Comme Jeune Afrique l’a révélé dès le lendemain, l’activiste avait été interpellé en même temps que l’un de ses fils, âgé de 18 ans, et François van der Merwe, un Sud-Africain à la tête d’un groupuscule d’extrême droite se revendiquant « suprémaciste blanc ». Ce dernier, avec lequel Kemi Seba avait été mis en contact via ses liens avec les réseaux russes proches des néofascistes, devait assurer la logistique de sa fuite hors d’Afrique du Sud.
Au moment de leur arrestation, les trois hommes se trouvaient en possession de 318 000 rands (environ 16 000 euros) alors qu’ils se préparaient à prendre la route pour traverser illégalement la frontière avec le Zimbabwe. Les enquêteurs sud-africains affirment que Kemi Seba avait l’intention de continuer sa route vers l’Europe, ce que l’intéressé a démenti à plusieurs reprises. Cet argument, le parquet l’a notamment repris fin avril, accusant Kemi Seba d’avoir voulu planifier « des attaques terroristes en Europe » pour justifier son maintien en détention. Celui-ci a nié en bloc, ses avocats affirmant que leur client était victime d’une « campagne visant à faire croire à quel point il est dangereux ».
Le 23 septembre dernier, le procès avait de nouveau été reporté, dans l’attente de l’examen du statut diplomatique de Kemi Seba.
Un passeport nigérien contesté
Né franco-béninois, Kemi Seba, 44 ans, a été déchu de sa nationalité française en juillet 2024 pour ses positions hostiles à la politique africaine française et ses liens avec Moscou, Paris l’accusant de se faire « le relais de la propagande russe ». Détenteur de la seule nationalité béninoise, il ne s’est pas vu reconnaître son statut de diplomate accrédité au nom du Niger, même s’il dispose d’un passeport diplomatique émis par Niamey.
En août 2024, Abdourahamane Tiani, le chef de la junte, l’a nommé « conseiller spécial », lui accordant au passage, tout comme à l’activiste Nathalie Yamb, un passeport diplomatique. Le 17 avril, quelques jours après son interpellation, le ministre nigérien des Affaires étrangères, Bakary Yaou Sangaré, avait lui-même confirmé que Kemi Seba « est détenteur d’un passeport diplomatique régulièrement attribué ».
Le Niger va-t-il peser ?
La question de savoir si Niamey fera pression auprès des autorités sud-africaines pour tenter d’éviter l’extradition vers Cotonou se pose avec d’autant plus d’acuité que, le 15 septembre dernier, Abdourahamane Oumarou, militant nigérien historique de la galaxie panafricaniste ayant introduit Kemi Seba auprès d’Abdourahamane Tiani, a été nommé ministre de la Refondation et de la Promotion des valeurs sociales. Dans un long message adressé à ses compatriotes, le militant devenu ministre avait alors affirmé : « La responsabilité change. La fonction change. Mais l’engagement demeure. »
En attendant, le rendez-vous du 20 novembre s’annonce décisif pour l’avenir judiciaire de l’activiste.




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