Fraude dans la gouvernance locale : Sô-Ava au cœur d’un scandale financier
Une enquête du département enquêtes et investigations (Dei) du Groupe de presse Le Potentiel révèle des faits de faux NPI et de signatures contrefaites à la mairie de Sô-Ava. Trois responsables communaux ont validé un document frauduleux. Les mis en cause n’ont pas répondu aux sollicitations du journal.
Un faux numéro d’identification personnel, une signature contrefaite, et trois responsables de l’administration communale qui, par leurs signatures, ont donné une apparence de régularité à l’irrégulier. Voilà, résumé en une phrase, ce que le département enquêtes et investigations (Dei) du Groupe de presse Le Potentiel a découvert à la mairie de Sô-Ava.
La découverte n’a rien eu d’une promenade de santé. Pour y parvenir, les équipes du Dei ont dû, en pleine saison des crues, emprunter à plusieurs reprises la pirogue, seul moyen de rallier cette commune lacustre. Doute, crainte, réticence… certains membres de l’équipe étaient partagés entre ces sentiments, tant le niveau de risque, à cette période de l’année, est réel. À ce risque s’ajoutait une difficulté plus sournoise encore : à Sô-Ava, tout le monde se connaît, et quiconque n’est pas du coin s’y voit repéré sur-le-champ. Il aura fallu une dizaine d’allers-retours avant que les preuves ne soient enfin réunies.
Une industrie du faux
Le cas de Sô-Ava n’est pas tombé du ciel. Depuis plusieurs mois, la cellule enquêtait sur une filière suspectée de siphonner, par des procédés frauduleux, les ressources financières d’une vingtaine de communes béninoises. Sô-Ava est la première à livrer un dossier suffisamment étayé pour être porté devant l’opinion. D’autres suivront, promet le Dei, qui présente cette publication comme le premier épisode d’une série.
Un même nom et des NPI truqués
À Sô-Ava, l’accusation ne repose pas sur du néant. Le document qui fonde cette publication est un état de paiement des frais de déplacement d’agents de la mairie. Le nom d’un certain Luc T. y figure à deux reprises, sous deux graphies légèrement différentes, pour deux sommes distinctes versées à quelques jours d’intervalle. Or le numéro personnel d’identification (NPI) porté en face de son nom, dans les deux cas, est rigoureusement identique.
Cette uniformité serait normale s’il s’agissait bien du vrai NPI. Mais ce n’est pas le cas : ce numéro ne correspond pas à celui de sa carte d’identification personnelle en cours de validité. Le NPI réel de l’intéressé commence par 65 et se termine par 62, tandis que la référence inscrite sur l’état de paiement commence par 94 et se termine par 24, avec une date d’expiration affichée au 28 août 2026. La signature apposée sur le document ne correspond pas davantage à celle de l’intéressé.
Trois signatures pour un seul faux
L’état de paiement porte la signature du directeur des Affaires administratives et financières (DAAF), Honoré Azonvè, celle du secrétaire exécutif de la mairie de Sô-Ava, Simon Tankpinou Dingnigbedé, et celle du comptable matières, Yves Kouké. Trois paraphes, trois responsables, pour un seul document aujourd’hui soupçonné de porter un faux. Cette situation pose la question des contrôles qui auraient dû être exercés avant la validation et le paiement.
Fidèle aux règles du journalisme d’investigation, le Dei a adressé, le 8 octobre 2026, deux courriers de démarche contradictoire (l’un au DAAF, l’autre au secrétaire exécutif), enregistrés le 12 octobre 2026 au secrétariat de la mairie. Ces courriers exposaient les anomalies relevées et sollicitaient des explications. Le délai étant écoulé, ni Honoré Azonvè ni Simon Tankpinou Dingnigbedé n’ont pris la peine de répondre.
Les autorités attendues au tournant
Le journal interpelle plusieurs autorités. Il espère que le directeur général de la Police républicaine, Brice Allowanou, mettra tous les moyens en œuvre pour que les auteurs soient interpellés et déférés devant le procureur spécial de la Criet, Mario Metonou. Il interpelle également le préfet de l’Atlantique, Raphaël Akotegnon, dont la tutelle s’exerce sur les communes de son ressort, dont Sô-Ava.
Au-delà du seul cas de Sô-Ava, cette affaire doit résonner comme un signal d’alarme pour l’ensemble des services financiers communaux du Bénin. La Trésorerie communale, chargée du règlement des dépenses des agents des collectivités territoriales, doit désormais exiger systématiquement, pour chaque paiement, la copie de la carte CIP signée et datée par l’agent bénéficiaire des fonds. Une précaution élémentaire, mais qui aurait suffi, à elle seule, à rendre impossible la fraude aujourd’hui documentée.
Le Potentiel se tient à la disposition des autorités compétentes pour leur communiquer l’ensemble des documents et éléments de preuve rassemblés. Vu la solidité de ces éléments, l’auteur ou les auteurs de ce faux gagneraient, selon le journal, à se constituer directement prisonniers.




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